L’ennemi n° 1 : l’arbre

Posté le 14/05/2015 dans Environnement.

arbres et route05.2015 006« La France n’est pas faite uniquement pour permettre aux Français de circuler en voiture, et, quelle que soit l’importance du problème de sécurité routière, cela ne doit pas aboutir à défigurer le paysage »
Le Président Georges Pompidou écrit à son Premier ministre Jacques Chaban Delmas le 17 juillet 1970.
Ce jour là, le Président exprimait son mécontentement face à une circulaire de l’Equipement préconisant un abattage massif des arbres au bord de la route.
Ce dessein funeste est décidément récurrent en France, puisqu’il est à nouveau question au nom de la sécurité routière de supprimer les arbres d’alignement de nos routes anciennes nationales, devenues départementales et routes secondaires.
Car c’est avéré, si les imprudents du volant, les fous de la vitesse, les alcolos bourrés, les shootés à la coca ou autres, les irresponsables individualistes qui conduisent sans permis, sans compter les gens ordinaires qui ne respectent ni le code de la route, ni les limitations de vitesse, ni les passages piétons, ni les lignes blanches, ni les interdictions en tous genres que s’il y a gendarmes, ou radars à l’horizon, finissent par quitter la route et par rejoindre leur destin en se plantant sur un arbre, c’est bien entendu de la faute de ce platane ou peuplier qui se trouvait malencontreusement sur la voie de leurs déviances !
Mais revenons aux faits.
On ne sait pas pourquoi les chiffres concernant les accidents de la route et les décès, après plusieurs années de baisse, sont brusquement repartis à la hausse, ce qui explique que le Ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve , au nom de la sécurité routière, envisage de prendre de nouvelles mesures coercitives. : vérification de l’alcoolémie, de l’usage des téléphones portables, de la limitation de vitesse etc. Pour faire bonne mesure, des instructions vont être données aux préfets afin qu’ils dressent rapidement une liste exhaustive des arbres d’alignement situés trop près des routes (sic) partant du principe que la conjonction voitures, arbres = naturellement plus de morts et de blessés !
En fait, il n’existe aucune statistiques pour conforter ou pas cette affirmation, vraisemblablement parce qu’alors il faudrait aussi prendre en compte les nombreux autres obstacles qui se trouvent sur les itinéraires routiers , par exemple pylônes électriques et téléphoniques et à commencer d’ailleurs par les panneaux et pré-enseignes d’affichage, véritables verrues paysagères souvent placés en toute illégalité et qui ne posent pas beaucoup de questions à nos élus locaux et régionaux dont beaucoup militent depuis des années contre les arbres d’alignement !
Chantal Pradines, ingénieur de Centrale Paris, experte auprès du Conseil de l’Europe sur les questions de paysages fait valoir, depuis des années, des études et statistiques réalisées mettant en évidence les effets positifs pour la sécurité routière des arbres d’alignement : capacité de signalement des virages, des carrefours, des entrées d’agglomération, sans compter leur caractère esthétique, tous éléments qui pour des automobilistes responsables se traduisent par un abaissement significatif de la vitesse et une prudence accrue, et elle précise que, dans quelques cas spécifiques ,il suffirait de poser des barrières de sécurité devant les alignements.
Elle rappelle que la Suède, le Luxembourg, la Grande Bretagne, l’Allemagne, la République Tchèque, ont placé les arbres d’alignement sous la protection de la loi pour leur rôle écologique, patrimonial et paysager ! Bien entendu il n’existe en France aucune réglementation de ce type.
Et pourtant les arbres d’alignement au bord des routes font partie du paysage français depuis des siècles. C’est Sully, le grand Voyer d’Henri IV qui le premier a eu l’idée de les faire planter (lire l’article sur l’art des routes), ensuite au XVIIIè et au XIXè, époques où le réseau routier a véritablement été mis en œuvre les plantations ont été systématiques et ont été constitutives des paysages de la France : « …Avec ses plantations d’alignement en peupliers près des rivières et des abreuvoirs pour se signaler aux charretiers, en marronniers le long des propriétés aristocratiques, en ormes pour le reste et la maintenance des essieux des engins de guerre. Le tilleul s’implante à la fin du XVIIIe aux entrées des villes, sur les mails, sur les boulevards arasés des anciennes fortifications pour parfumer l’air et ombrager ces promenades… » (Reverdy G. historique des Routes. Presses de l’Ecole nationale française des Ponts et Chaussées.)
Il est malheureusement prévisible que la préconisation de notre Ministre de l’Intérieur actuel demandant un recensement des arbres d’alignement routier aux préfets ne reçoive un écho favorable auprès de nombre de nos élus. L’abattage massif d’arbres avec en corollaire la promesse non tenue de replantation, ne tient souvent qu’à une personne : un président de Conseil général ou un technicien sans en référer à qui que ce soit, puisqu’en France l’arbre n’est pas protégé.
En conclusion, revenons à la lettre de 1970 du Président Georges Pompidou à son Premier ministre Jacques Chaban Delmas :
« …la sauvegarde des arbres le long des routes est essentielle pour la beauté de notre pays, pour la protection de la nature, pour la sauvegarde d’un milieu humain…La vie moderne dans son cadre de béton et de bitume créera de plus en plus chez tous un besoin d’évasion, de nature et de beauté L’autoroute sera utilisée pour les transports qui n’ont d’autre objet que la rapidité. La route, elle, doit revenir pour l’automobiliste de la fin du XXè siècle ce qu’était le chemin pour le piéton ou le cavalier : un itinéraire que l’on emprunte sans se hâter, en en profitant pour voir la France. Que l’on se garde de détruire systématiquement ce qui en fait la beauté… »
On pourrait en rester là, s’il n’y avait une autre raison inavouée justifiant l’ire du ministre de l’intérieur et répondant à une demande des élus locaux : abattre les arbres d’alignement c’est dégager de la place pour enfouir les réseaux de fibres optiques le long des routes, sans empiéter sur les terres agricoles !
Ainsi une fois de plus, au nom du progrès et de la technologie sacrifions la nature et nos arbres dont les scientifiques et les gens de bon sens s’accordent de plus en plus à reconnaître leur rôle majeur, indispensable dans la lutte contre le réchauffement climatique. On aimerait sur ce point avoir l’avis « autorisé » de la ministre de l’environnement !
Colette Lièvre.

Pour en savoir plus :
http://www.politis.fr/arbres-en-peril,29880.htlm
Lire : La haine de l’arbre, n’est pas une fatalité Alain Baraton, éditions Actes Sud www.actes-sud.fr
Signer une pétition jusqu’au 30.06.2015 : voir site Internet des Cyberacteurs.


2 réponses sur “L’ennemi n° 1 : l’arbre”

  1. Un beau plaidoyer pour l’arbre et qui sait prendre son temps: une apologie de la lenteur qui fait écho au savoir-vivre français, perdu au milieu du déferlement autoroutier et des gens toujours pressés. Merci pour ce calme végétal!

  2. Surtout ne pas toucher aux arbres! Ils sont la beauté et la vie.
    Que l’on place des barrières de sécurité dans les endroits les plus dangereux! (des garde-fous, le mot est plus exact)

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