Ouai…ben…voilà…

Posté le 14/05/2015 dans Edito.

La réforme des collèges avec en corollaire la révision des programmes suscite, comme toujours en France, lorsqu’il s’agit de remettre quelque peu en cause l’éducation nationale, une vague de protestations, commentaires, allégations, rumeurs, prédictions, prophéties portant, entre autres, sur la disparition (éventuelle ?) de l’apprentissage du Grec et du Latin qui ne peut que laisser présager un déclin assuré de la langue française, ainsi que le prédisent quelques intellectuels et puristes et pour faire bonne mesure quelques politiques trop contents d’en appeler aux valeurs de la Nation, à son identité etc, etc…Si l’on peut comprendre leur inquiétude, on peut se demander aussi, s’ils ne sont pas débranchés du temps présent et s’ils ne défendent pas un modèle largement dépassé dans le langage courant, y compris celui parlé par les « people »(ne pas confondre avec le public ou le bon peuple) ceux qui sévissent dans les magazines, dans les media …ceux qui rendent compte de l’actualité culturelle, de la mode et autres.
Quelques exemples : ainsi la mode ne peut être que « vintage » avec son site d’achats « e-shop vintage » , le mannequin vedette au travail devient « la top en shooting »- Le Festival de Cannes vous invite à suivre le parcours des « girls next door » devenues des « gifts suites » Vous êtes convié à voir « la promo » de la dernière « prod » ou le « hotspot » des VRP du 7ème art, si toutefois vous ne vous êtes pas trompé de « timing » pour profiter de l’ivresse de la « it-girl » ou connaître la nouvelle « appli de vidéo : les Reals » …(extraits de O cahier des tendances de l’Obs n° 8 mai 2015, qui n’est qu’un exemple parmi tant d’autres).
Par ailleurs, vous êtes à l’écoute d’une radio. Pas n’importe laquelle, mais de France Inter, radio de service public qui reçoit au cours de ses émissions de nombreuses personnalités, ou jugées comme telles, bref de ceux et celles qui participent au rayonnement de la culture française, croit-on !. Aux questions posées par le journaliste concernant leur parcours, leur travail, les réponses sont souvent liminaires du genre : « Ouais…et ben…voilà ! » La préposition Voilà résumant à elle seule le degré zéro de la réponse, ce qui ne semble nullement gêner l’interlocuteur ni l’auditoire. Et pourtant, compte tenu de l’âge moyen de ces locuteurs frisant souvent la cinquantaine, on peut penser que cette génération a suivi, peut être avec plus ou moins de bonheur, une scolarité où faire ses humanités étaient à l’ordre du jour !
Ouais…ben…voilà !
Colette Lièvre


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