Y’pas de fumée sans feu!

Posté le 17/11/2015 dans La petite chronique.

Langoiran son château du XIIIème siècle, son pont façon Eiffel enjambant la Garonne au mieux de sa forme le long des quais et du mail des « Chantiers Tramasset » situés au Tourne, la petite bourgade en miroir que seul l’Estey du Gaillardon délimite.
Langoiran et ses coteaux parmi les plus emblématiques des premières Côtes de Bordeaux et de toute la Gironde. Et pour cause, véritable promontoire avec son église véritable joyau d’art roman, ses maisons nobles classées au titre des monuments historiques et sa vue à couper le souffle.
-D’un côté sur la vallée de la Garonne, avec le château surplombant Langoiran dont il fut pendant des siècles le protecteur, où l’œil se perd jusqu’à la ligne d’horizon, trait noir qui indique la lisière de l’immense forêt des Landes – (Tout le monde ne le sait pas, mais c’est la vue la plus photographiée des sites touristiques du département).
-De l’autre côté la vision est aussi panoramique, ne donne t-elle pas sur le vallonnement des coteaux de l’Entre-deux-Mers ? Ceux-ci recèlent des trésors : trois abbayes dont la toute proche celle de La Sauve et ses ruines cataloguées comme les plus romantiques de toute l’Aquitaine ; châteaux historiques, viticoles, villes-bastides mais Haut Langoiran 13.11.205 007encore églises romanes ainsi que le remarquable petit patrimoine bâti des multiples villages sertis par les vignobles, ponctués d’une végétation semi-méditerranéenne, tel est le décor de l’Entre-deux-Mers appelé quelquefois « la petite Toscane ».
Et c’est dans ce décor que le maire de Langoiran a eu une idée lumineuse, peut être suggérée à l’oreille par quelque bonne âme qui ne lui voulait pas forcément du bien, de faire construire un crématorium pour abonder les finances municipales qui sont au plus bas; le marché étant porteur donc « juteux » parce que captif et inépuisable, « la mort étant la chose la mieux partagée du monde ! »
Deux sites ont été potentiellement retenus soit : au lieu dit « Pied du château », dans le périmètre classé du château, à proximité des habitations, soit : carrément sur le haut des coteaux ce qui le situerait en vigie, visible à des kilomètres à la ronde.
Le site n’est pas encore définitivement choisi, il dépendra des résultats des appels d’offres. Car les Langoirannais ont découvert à peu près par hasard et avec sidération que le projet en était déjà au stade des appels d’offres, lesquels devraient être présentés au conseil municipal en décembre pour un choix définitif y compris celui du site finalement retenu.chateaux + Langoiran 008
Une partie de la population s’insurge contre ce projet insensé compte tenu non seulement de l’environnement patrimonial dans lequel il s’inscrirait, mais aussi rappelle son inadéquation par rapport au contexte géologique argilo calcaire des coteaux extrêmement fragile lorsqu’il est soumis aux aléas climatiques (confer le village de Paillet proche qui en juillet 2014 a été pratiquement entièrement sinistré en raison d’une coulée de boue provenant des coteaux qui avait tout emporté avec elle !)- Les riverains de la départementale 10 (dite aussi Route François Mauriac) protestent, asphyxiés qu’ils sont déjà par une circulation de camions, voitures particulières incessante auxquels viendraient s’ajouter le passage obligé des convois funéraires quotidiens.
En effet et nous entrons là dans quelques détails techniques de façon à bien éclairer la situation auprès des lecteurs :
1° la construction d’un crématorium doit répondre à certaines contraintes : une partie publique qui comprend, un local d’accueil et d’attentes des familles ; une salle de cérémonie et de remise de l’urne funéraire, une salle de présentation visuelle de l’introduction du cercueil dans le four de crémation (pour info : celle du crématorium de Montussan est prévue pour 100 personnes) –
Et naturellement le parking prévu en conséquence !
Une partie technique avec bien entendu un four de crémation et une partie spatiale uniquement réservé au service du personnel et qui ne doit absolument pas être en relation avec la partie publique.
On l’aura compris un crématorium est un équipement coûteux dont la charge financière est appelée à croitre en raison du renforcement des normes de protection environnementale.
(Ainsi la commission européenne envisage l’adoption de règles communes aux Etats membres pour réduire les émissions de mercure.)
Cet équipement coûteux commence à trouver son seuil de rentabilité lorsque « le marché » atteint 500 crémations : soit à peu près 10 par semaine, compte tenu des jours fériés cela fait sensiblement deux convois par jour avec son cortège de voitures plus ou moins important selon la personnalité incinérée…
Le risque financier.
La gestion d’un tel équipement est rarement du fait de la commune concernée. En effet elle préfère passer une « délégation de service public » auprès de l’heureux gagnant de l’appel d’offres Ce qui serait le choix de Langoiran. Toutefois il faut savoir que le risque financier encouru par la commune est bien réel car au terme de la délégation de service public ou en cas de faillite du délégataire, la charge de l’équipement et son fonctionnement lui incombent !

Tout cela est bel et bien encore faut-il que la commune qui envisage la création d’un crématorium ait eu toutes les autorisations préalables ce qu’évidemment la population concernée ignore puisque pour l’instant rien ne transparaît sur le déroulement de l’opération.
Or , avant d’entreprendre toutes démarches il faut que la commune de Langoiran ait obtenu une autorisation préalable du Préfet. Est-ce qu’elle a été demandée ? Si oui quelle a été la réponse de Monsieur le Préfet ?
Car si ce dernier n’a pas répondu, « le silence gardé pendant plus de six mois sur la demande de création et /ou d’extension des crématoriums prévue par l’art. L2223-40 du Code général des collectivités territoriales vaut décision de rejet (art.L 1113-99-1) ».
A l’issue de l’autorisation préfectorale, le conseil municipal adopte alors une délibération décidant de la création d’un crématorium, il doit également définir le mode de gestion de l’équipement : soit en gestion directe, soit en gestion de délégation de service public ? Est ce que cette délibération a eu lieu ?
Ce n’est que lorsque toutes ces procédures ont été remplies que l’appel d’offres devra être effectif et recevoir également l’avis du conseil municipal. Puis le projet définitivement retenu par le conseil municipal doit obligatoirement être soumis à une enquête publique, recevoir l’avis de la Commission départementale compétente en matière d’environnement, de risques sanitaires et technologiques, et dans le cas présent de la DREAL et des Monuments Historiques…
Et combien cela peut-il rapporter à la commune ? La rumeur parle de 100.000 euros l’an, soit sur la base de 500 incinérés/an = 200 euros par crémation…la prime pour donner l’autorisation de porter atteinte à un environnement unique, de polluer toute une population qui va bien au-delà de celle de Langoiran.
Félicité entend bien le discours de ceux ou celles (qui ne sont d’ailleurs pas directement concernés) : « … il faut bien les mettre quelque part ces crématoriums puisque tout le monde maintenant veut se faire incinérer… »
Tout le monde c’est un peu vite dit, pour l’instant cela concerne 25% de la population, ce qui n’est pas négligeable et précisément doit inciter à la réflexion sur l’implantation de ces équipements. Cette réflexion dépasse celle d’un maire d’une petite commune et ne peut être envisagée qu’ au niveau géographique des prochaines grandes intercommunalités , ou mieux au niveau du département en tenant compte de la nature géologique du terrain, de l’environnement immédiat mais aussi de la proximité de voies de circulation adaptées au futur trafic et de la densité de la population, etc . Le 27 mai 2015 les sénateurs ont, d’ailleurs, adopté à l’unanimité une proposition de loi visant à instaurer un schéma régional des crématoriums. Dans le cas présent, Félicité se dit, qu’il est urgent d’attendre que la loi soit véritablement effective…mais pour l’instant le maire de Langoiran serait bien inspiré de se rappeler que ses administrés l’ont élu aussi pour être informés sur les grandes décisions prises non pas in fine mais en amont pour qu’ils puissent s’exprimer et donner leur avis. Cela s’appelle la démocratie !
Félicité.

Sources : Légisfrance.


2 réponses sur “Y’pas de fumée sans feu!”

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