Le Cannibale de l’asile de Cadillac!

Posté le 26/01/2017 dans Histoire.

2017, l’Hôpital psychiatrique de Cadillac -sur-Garonne a 400 ans.

Rappel historique :

Jean-Louis Nogaret de la Valette (1554-1642) Cadet de Gascogne devenu favori du roi Henri III, premier duc d’Epernon va connaitre une ascension fulgurante. Duc et Pair de France (l’un des douze hauts personnages qui assistent le roi lors de son sacre et dans son gouvernement), Colonel général de l’Infanterie, gouverneur de plusieurs provinces,  il accumule les charges lucratives. Henri IV va se méfier de cet homme trop puissant et l’inciter à construire un château, loin de la capitale mais à la mesure de son rang, c’est ainsi que Cadillac a eu le privilège de se voir doter du château ducal considéré, à l’époque comme l’un des plus beaux châteaux de France.

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Bien naturellement ,au cours des siècles le château va subir les tribulations de la Grande Histoire y compris les exactions de la Révolution.

Par la suite, acquis par l’Etat, au XIXè siècle (1818) le château devient une centrale de force pour femmes, fermée en 1890 au profit d’un centre d’éducation surveillé pour jeunes filles et ce jusqu’en 1952. Établissement placé sous la surveillance des sœurs hospitalières : les sœurs de la sagesse que l’on retrouve aussi en responsabilité, pendant un temps, dans l’hôpital psychiatrique de Cadillac.

Ce dernier fondé (en 1607) par ce même Duc d’Epernon en souvenir de son épouse décédée en couches, (dénommé hôpital Sainte Marguerite), était destiné à secourir les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle, les malades et les pauvres, et confié alors aux Religieux de la Charité. Ceux-ci  n’échapperont pas aux persécutions de la Révolution, et… seront remplacés en 1808 par les sœurs de la Sagesse.

La loi du 30 juin 1838 sur l’internement des malades mentaux va placer l’établissement sous le contrôle de l’autorité publique. En 1844, le ministère de l’intérieur impose la division par sexe. (Bordeaux accueillera les femmes, Cadillac gardant les hommes)- Par décret du 12 juin 1912 l’hôpital sainte Marguerite acquiert la qualité d’asile public autonome d’aliénés statut administratif conservé jusqu’au décret du 10.10.1970 avec un retour à la mixité.

Automne 2016 007Le 12 juillet 2016 a été inaugurée dans l’enceinte géographique de l’hôpital, la huitième UHSA de France (Unité hospitalière spécialement aménagée, de France) réservée aux patients détenus (hommes, femmes, mineurs) pris en charge par l’administration pénitentiaire dont les admissions se font avec ou sans le consentement des patients. Ces derniers présentant des pathologies psychiatriques à prendre en charge médicalement, qui n’ont pas de profil de dangerosité, contrairement aux patients accueillis à l’UMD (Unité des Malades Difficiles) contigüe.

Ainsi  depuis quatre siècles, l’histoire de l’enfermement fait intrinsèquement partie de l’identité de Cadillac, par ailleurs charmante bastide, où il fait bon vivre, qui s’affirme fièrement  comme: « Cadillac, hospitalière par nature ».

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Il y a la grande et la petite histoire de la psychiatrie asilaire d’antan.

La grande est connue et a suscité d’innombrables travaux. La petite, cependant, ne manque ni d’intérêt ni d’originalité, même si les faits rapportés n’ont pas d’incidence sur la théorie générale et la pratique de l’art de soigner en milieu spécialisé. Dans le cadre de 400 è anniversaire de la fondation de l’hôpital de Cadillac-sur-Garonne par le premier duc d’Epernon en 1607[i], il nous a paru intéressant de rappeler un cas clinique exceptionnel provenant de cet établissement et ayant attiré autrefois l’attention du célèbre Cesare Lombroso (1835-1909), Chef de l’Ecole italienne d’anthropologie, qui admettra finalement que tout homme peut se comporter en criminel-né et que le criminel lui-même peut exister sans anomalies corporelles spécifiques.[ii]

En effet, dans la cinquième édition italienne (1896) de son ouvrage princeps, «  L’homme criminel » (L’Homo delinquente)[iii]Lombroso cite et résume le cas d’un aliéné psychotique interné à l’asile de Cadillac et auteur d’actes cannibaliques dans cet établissement. L’observation en question, signée du docteur Camusset (sic), avait paru en langue italienne (courant 1887 dans le Bulletino delle clinche (Bulletin des cliniques) sous le titre : Un caso di delirio di Cadillac » Ce titre est précédé des mentions « Manicomio di Cadillac » (Maison de fous de Cadillac) et en dessous « Dott.Camussett » … Ci-après «  une partie » de la traduction intégrale et aussi fidèle que possible de cet article en italien rédigé dans une forme ancienne et parfois incorrecte ! ( Professeur M. Bénézech.)

Le cannibale de l’asile de Cadillac.

« Carlo N…est entré à l’Asile de Cadillac au début de l’année 1855 et y séjourne encore. A l’époque de son admission il avait 27 ans et aujourd’hui il en a 58. J’ai pu reconstituer la partie ancienne de ses observations en m’aidant des notes mensuelles que tout malade interné dans un Asile possède sur un registre officiel, des lettres enfermées dans sa table de nuit et en posant des questions aux personnes qui l’ont observé au cours des premiers temps de son séjour ou qui ont connu sa famille. Carlo N… n’aurait pas d’antécédents héréditaires. Il est bien constitué et ne présente aucun signe de dégénérescence psychique. Il a reçu une certaine instruction et une bonne éducation. Il connaît deux langues étrangères, l’anglais et l’espagnol. Il a commencé à travailler pendant des années dans une maison de commerce. Au Mexique, il tomba gravement malade (selon lui à cause d’une insolation). Suite à des problèmes dans le travail, il est revenu dans sa famille à Bordeaux, en France. Alors il a commencé à montrer des signes d’aliénation mentale et après un court séjour à Bordeaux, il a été admis à l’Asile de Cadillac. Il croyait que tout le monde le haïssait, le tourmentait, le frustrait et l’empêchait de réussir. Il accusait son frère d’être son principal persécuteur. Parfois, il s’exaltait et devenait agressif. Il n’était pas capable de travailler régulièrement. Sur le certificat d’entrée il est écrit : « Surexcitation cérébrale, hallucination, personnalité dangereuse ». Après un court séjour à l’Asile, il se calme, ne se plaint plus de son frère, devient presqu’indifférent à sa situation. Il montre au contraire des prétentions exagérées, et se croie capable d’accomplir toutes les fonctions possibles. Il passe des journées à ne rien faire. En l’observant en cachette, on remarque qu’il fait des gestes bizarres et prononce des phrases incompréhensibles. Dans les notes de l’époque, on lit : » Manie chronique peu intense et partielle, sans exaltation. Des monologues parfois ». Cet état persiste sans grands changements jusqu’en 1862. Carlo N…était tranquille et intelligent et on lui laissait une liberté relative. Ils finirent par l’occuper à étudier où il s’occupait très bien de la tâche s’on lui confiait. Il se contentait de délirer en privé et ne parlait jamais à personne de ses hallucinations ou de ses idées.

Un jour dans un couloir sombre, il surprend un malade vieux et plus faible que lui. Il lui casse le crâne avec une barre de fer qu’il avait trouvé, enlève les fragments d’os et extrait tout ce qu’il peut de l’encéphale. Il en mange une partie puis enferme le reste dans son mouchoir et le cache dans sa table nuit. Il réalise rapidement qu’il a commis un meurtre mais il ne se montre pas du tout troublé. Il admet avoir mangé de la cervelle humaine et qu’il avait l’intention de manger le reste caché. Quand on lui demande les raisons qui l’ont fait agir ainsi, il ne donne que des réponses vagues. Son attitude reste indifférente et ironique. L’état mental de Carlos N…n’est pas modifié par cet accident. Il a les mêmes attitudes qu’avant et continue les monologues. Sa conversation reste raisonnable comme par le passé.

Après cinq ans sans épisodes particuliers, il commet un autre acte extraordinaire. C’était en 1887. Comme il était intelligent et tranquille, les internes avaient pris l’habitude de l’emmener avec eux dans l’amphithéâtre afin qu’il puisse les aider pour les autopsies. Une fois, en pensant ne pas être vu, il prit un cerveau qui était sur la table et commença à le manger avec gourmandise. Depuis, il a été définitivement gardé dans le quartier des personnes dangereuses où il a gardé les mêmes attitudes. Ne pouvant plus manger de cerveau humain, il a été surpris en train de manger le cerveau de petits oiseaux qu’il capturait dans son enceinte. Il est certain, que s’il s’était trouvé avec un enfant ou un vieillard ou quelqu’un de plus faible que lui, il aurait essayé de manger son cerveau.

Pendant cette longue période, les notes mensuelles ne signalent rien de particulier mais leurs formulations ont changé. A la place de manie partielle avec hallucination ou de délire orgueilleux, par exemple, les auteurs, influencés par les épisodes dont je viens de parler, ont écrit : « Manie instinctive, folie impulsive etc… » Aujourd’hui Carlos N…est plus ou moins le  même qu’à l’époque de son entrée à l’Asile. Il passe son temps dans le quartier des dangereux, à lire les livres qu’on lui offre dont il remplit les marges de notes incompréhensibles. Il dessine beaucoup de hiéroglyphes, écrit des mots qui n’existent pas dans le dictionnaire et des phrases dont on ne comprend pas le sens. Il est le seul à posséder la clé de sa magie. Quand on lui pose des questions sur ce sujet, il se cache derrière des réticences ou confesse que tout est de l’ordre du « mystique »,

comme on dit. Il est toujours correct dans ses mots et dans sa conduite et a gardé des habitudes hygiéniques. Sa conversation est raisonnable. Si on le fait parler de sa jeunesse et de ses voyages il devient heureux et prolixe. Il raconte alors beaucoup de mésaventures plus ou moins vraisemblables dont il est le héros. Il a toujours des conversations avec des interlocuteurs invisibles qu’il dissimule de moins en moins. Si, on le quitte après avoir parlé avec lui et que l’on revient brusquement, d’habitude on le surprend en train de gesticuler rapidement, faire des signes de croix et parler avec animation à mi-voix. Malgré cette dissimulation remarquable du patient, avec le temps, on a pu découvrir en partie ses idées délirantes. Moi-même j’ai pu obtenir de lui quelques confidences.

Enfin il est devenu facile d’établir son histoire psychique que voici :

Carlo N…était une personne normale  jusqu’à 24 ans. A cet âge, suite à une maladie aigüe contractée dans les pays chauds mais aussi à des problèmes dans son travail, il devient mélancolique, halluciné et délirant. Il pense que son frère le persécute. Il explique tout ce qui lui arrive dans le dans le sens de son délire. Parfois, il se révolte contre ses persécuteurs imaginaires et devient agressif. Il est interné dans un asile pour aliénés où il reste pendant un certain temps, dans la même état, toujours en proie aux mêmes hallucinations et au même délire. Puis, progressivement, il change d’attitude et ne se transporte plus ( non si transporta piu). Ses hallucinations deviennent plus fréquentes et plus graves. Il se complait dans ses conversations avec des interlocuteurs invisibles. Il devient fier et un peu ironique. Son délire a évidemment changé de forme. En effet, il a trouve à travers ses hallucinations, un processus souverain qui lui permet d’être supérieur aux autres et de réussir en tout. Il pense que, pour être plus intelligent il doit manger des cerveaux humains et, pour avoir une bonne vue, des yeux humains. Entre temps, il rentre dans une relation toujours plus intime avec ces êtres invisibles qui lui dévoilent de grands secrets. Il se crée un langage, écrit sans cesse avec des caractères spéciaux des choses que lui seul peut comprendre.

 

« Maintenant on comprend les raisons parfaitement logiques qui l’ont poussé à commettre les actes dont nous venons de parler : des actes qui n’ont rien d’instinctif ni d’impulsif mais qui sont, au contraire, conçus de façon naturelle et, je dirai même, sagement exécutés vu les idées du patient. Ce délire actuel est évidemment un délire orgueilleux, un délire de grandeur. Du reste notre patient l’étend un peu au point d’être convaincu que toutes les personnes qui réussissent dans la vie, emploient le même processus que lui. Il regrette beaucoup de ne pas l’avoir utilisé quand il était jeune, sûr qu’on ne l’aurait pas enfermé. Les médecins des Asiles d’aliénés ne le confessent pas mais ils mangent eux aussi des morceaux utiles et en font manger à leurs patients en cachette etc…Toutes ces élucubrations baroques n’empêchent pas Carlos N…de raisonner de façon convenable sur chaque chose et rien n’est plus difficile que d’obtenir de lui quelques confidences sur son délire, sur ce qu’il appelle parfois le mystique ou le mysticisme.

«  Il est inutile d’analyser cette observation pour démontrer qu’elle se réfère bien à un cas de délire chronique. La chose est évidente. L’affection a présenté successivement et régulièrement ses trois premières périodes. Le délire est toujours resté systématisé. Il n’a jamais eu ni d’impulsions subites ni changements brusques d’idées, ni rémissions remarquées.

« Enfin, rien qui rappelle la folie des dégénérés. Ce cas de psychopathie est intéressant pour la durée anormale de l’affection qui persiste pendant trente ans et qui n’a pas débouché dans la démence, pour la systématisation parfaite du délire qui est resté partiel. Il est intéressant aussi pour la nature si bizarre des idées délirantes.

« Je crois que l’on est trop porté à faire entrer dans le délire chronique la folie de persécution classique et certaines folies mystiques. Encore une fois la forme de délire importe peu : l’observation dont j’ai parlé le montre bien. D’ailleurs, comment caractériser avec un seul mot la forme de délire de cet individu ». (Docteur Camusset)

 

Quelques remarques conclusives du Professeur Michel Bénézech.

L’observation de Camuset.

Notre propos n’est pas de discuter de la pertinence des arguments avancés par l’auteur qui a fait ce qu’il a pu en un temps (1887) où les catégories nosographiques étaient rudimentaires, tout particulièrement dans le registre des états psychotiques. Il est probable qu’à notre époque on dirait que Carlo N…souffre de schizophrénie paranoïde ou de trouble schizo-affectif, la prétendue systématisation du délire ne nous paraissant pas évidente a priori du fait de la pauvreté de la description séméiologique et de la forte réticence du patient. De nombreux indices plaident en effet pour cette hypothèse diagnostique. En tout cas, le texte de Camuset est redondant, peu précis et peu clair dans son ensemble.

Le docteur Camuset et Cadillac.

Que savons-nous de ce confrère qui exerça à l’asile d’aliénés de Cadillac dans la seconde moitié du XIXè siècle ? Grâce à sa « nécrologie », nous connaissons sa biographie sommaire[iv]. Il s’agit du docteur Louis Camuset (et non Camusset comme écrit dans sa publication en italien) né à Lyon le 8 décembre 1841, décédé le  11 septembre 1897 à Bonneval (Eure-et-Loir), et qui présenta un rapport sur le délire des négations de Cotard au congrès de médecine mentale de 1892 à Blois. Camuset qui fit ses études médicales à Paris, exerça la médecine navale en Guyane pendant quatre ans, la médecine générale pendant treize ans et pour finir par entrer dans le corps des médecins aliénistes en 1881. Il sera successivement médecin-adjoint, puis médecin en chef des asiles de Vaucluse, Saint-Alban, Cadillac, Clermont, avant d’être nommé en 1888 médecin-directeur de l’asile de Bonneval où il prit une retraite anticipée pour cause de maladie. Il publiera de nombreuses recherches en « clinique mentale, en médecine légale, en anthropologie »dont la plupart ont paru dans les Annales Médico-Psychologiques et les Archives de Neurologie.

Pourquoi ce personnage renommé en son temps, chevalier de la Légion d’honneur et lauréat de l’Académie de médecine, a-t-il fait paraître dans une revue italienne une observation médicolégale provenant du sud-ouest de la France ? Est-ce pour « dépayser » l’affaire et ses circonstances dramatiques sur les plans humain, judiciaire et administratif ? Nous ne le pensons pas vu le contexte de l’époque. Il est vrai que Camuset publia encore, cette fois dans une revue canadienne, un texte  en Anglais dans lequel il cite le cas d’un homme de 40 ans, hospitalisé pour manie depuis 1886 à l’asile de Cadillac, et qui tua un autre patient d’un coup de couteau dans le cœur au cours d’un accès de fureur maniaco-épileptique ((pages 24-25[v]). Le docteur Louis Camuset qui s’intéressa tout particulièrement à la psychiatrie criminelle, est donc l’auteur de deux communications dans des revues médicales étrangères sur des meurtres pathologiques perpétrés entre internés à Cadillac.

Mais l’hôpital psychiatrique de Cadillac n’apparaît pas seulement dans la littérature professionnelle du XIXe siècle pour ses homicides inter-patients. Le fameux rapport général sur le service des aliénés en 1874 des docteurs Constans, Lunier et Dumesnil, inspecteurs généraux, mentionne à 22 reprises l’asile spécial « indépendant » de Cadillac où les sœurs hospitalières (« Sœurs grises dites Sœurs de la Sagesse ») sont chargées de la direction secondaire des services économiques et du service intérieur de la section femmes. Il est noté que Cadillac possède deux quartiers d’agités, l’un cellulaire pour les agités bruyants, furieux ou dangereux, l’autre en dortoir lorsque cela s’avère possible. Pour une population normale de 400 internés, l’établissement compte 14 baignoires destinées à l’hygiène et à l’hydrothérapie.[vi]

Qui était Carlos N… ?

Malgré nos recherches aux archives départementales de la Gironde, aux archives administratives et médicales du Centre hospitalier de Cadillac et à l’Etat civil (registres et tables décennales des décès) de la mairie de Cadillac, nous n’avons pu identifier formellement l’identité exacte et complète de « Carlos N… » en dépit des quelques indications biographiques relevées dans la publication originale du docteur Camuset : sexe masculin, entré à 27 ans en 1855 à Cadillac, ayant des liens avec le Mexique, habitant vraisemblablement Bordeaux, instruction et éducation bonnes, toujours vivant et hospitalisé à l’asile au moment de la rédaction de l’article le concernant, soit plus de 30 ans après le début de son internement.

Toutefois, la lecture des dossiers administratifs a attiré notre attention sur un certain Ramon Muxo qui rassemble ces quelques critères d’identification, à l’exception de sa date d’admission à Cadillac deux ans plus tard. Né vers 1830 à Tampico au Mexique, domicilié à Bordeaux, sans profession, Muxo est admis en placement volontaire le 24 septembre 1857 à la demande de son beau-père Joseph Prom, négociant. Le certificat du médecin généraliste, docteur Lacaussade de Bordeaux, décrit  sommairement un état de « démence » avec mutisme et aboulie qui le « rend inhabile à vivre au milieu de la Société » et nécessite son placement dans « la Maison destinées aux Aliénés ». On pense évidemment à l’épisode mélancolique que signale Camuset au début de  la maladie de Carlos N…A noter que Muxo est pensionnaire de première classe, ce qui montre que la famille actuelle est fortunée. Enfin, il ne décède à l’asile de Cadillac que le 3 décembre 1900[vii].Faute de son dossier médical détruit et en l’absence d’autres aliénés de l’époque correspondant à l’histoire de Carlo N, nous sommes à peu près persuadés que ce dernier est en réalité Ramon Muxo. Les différences s’expliquant par des erreurs d’imprimerie ou des inattentions du docteur Louis Camuset qui n’est resté aliéniste à Cadillac que peu de temps.

Conclusion.

Comme nous le disions en introduction, cette affaire exceptionnelle ayant attiré l’attention de l’illustre Lombroso appartient à la petite histoire de la psychiatrie française du temps jadis, de la sympathique ville de Cadillac et de son très ancien établissement hospitalier. Dans la rédaction de ce travail, un anachronisme n’a cessé de nous intriguer : la deuxième édition de « L’homme criminel » traduite de la cinquième édition italienne, date de 1895 alors que cette même édition italienne n’a été publiée qu’en 1896 ! Malgré nos recherches en France et en Italie, nous n’avons pu résoudre cette énigme. Il nous reste à remercier tout particulièrement pour leur aide, Monsieur et Madame Sergio et Annick Sicali, appartenant au corps infirmier du centre hospitalier de Cadillac, Madame Cathy Claverie de la mairie de Cadillac, Monsieur Pierre Massé des archives départementales de la Gironde.

Professeur M.Bénézech.

Sources et références : Bénézech M. et al. Cesare Lombroso et l’aliéné cannibale de Cadillac. Ann Med Psychol (Paris)(2016) http://dx.doi.org/10.1016/j.am.2016.10.005

[i] Bénézech M. L’histoire de l’hôpital de Cadillac et de ses particularités. Cahiers du Bazadais 2015 :188 :55-76

[ii] Labadie JM. Le corps criminel, un aujourd’hui du passé. L’archaïque. Nou.Rev.Psychanal.1982 :26 :121-34

[iii] Lombroso C. L’Homo delinquente. Quinta editione. Vol.II  Torino.Fratelli Bocca.1890.p.197

[iv] Charon R. Nécrologie : Dr.Camuset .Ann Med Psychol 1897 :55 :505-10

[v] CamusetL. Acontribution  on legal  medecine, homicidal mania. In: Scientific, clinical and forensic psychiatry and neurology. Alienist Neurol 1893:14:19-55.

[vi]Muxo R. Dossier administratif Archives Départementales de la Gironde :1x « Cadillac »3


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