1918-2018.Commémoration …Et les femmes?

Posté le 25/02/2018 dans Histoire.

 

Il y a la guerre puis l’après …puis l’après de l’après. Le temps passe. Le temps des commémorations aussi. Le peuple en paix se remémore : l’héroïsme, la bravoure insensée, le sacrifice ultime, les morts pour la Patrie, les souffrances inouïes endurées par les blessés, les prisonniers… Les cimetières militaires sont revisités, fleuris, encensés ; les monuments aux morts salués par les Anciens, drapeaux en tête, médailles  exposées sur leur poitrine… Plus jamais ça qu’ils avaient dit…26 ans après « ça »recommençait !

En 2040, soit dans 22 ans, est-ce que ce sera à nouveau le temps de la commémoration pour le centenaire d’une guerre qui s’est caractérisée par la mise en œuvre de « La solution finale » soit la destruction systématique d’une partie de l’humanité ?

Les commémorations, il paraît que c’est instructif aussi pour les futures générations et pour que personne n’oublie !

Voire ! Qui se souvient et qui  parlent du rôle accompli par des millions de femmes pendant les guerres, qui, tout en continuant à assumer leur rôle au foyer, en s’occupant des enfants, ou des vieillards, des malades, ont repris le travail des hommes partis au front. Elles sont partout, dans les champs assurant les semailles et les moissons, elles sont ouvrières dans les usines où pour « l’effort de guerre » fabriquent les obus, elles sont des les hôpitaux,…

Elles assurent et elles assument.

Certaines participent  activement aux actions de la résistance au péril de leur vie et il n’y a pas d’âge pour ce faire !

Ainsi l’histoire exemplaire d’Emilienne Moreau telle qu’elle est racontée dans un article de L’Illustration paru le 20 novembre 1915.(n° 3794.p.532)

« Melle Emilienne Moreau » . Une jeune fille vient de recevoir la Croix de guerre et d’ajouter son nom et son exemple à l’émouvant tableau d’honneur qui réunit les religieuses, les Dames de la Croix- Rouge, les fonctionnaires des postes cités à l’Ordre de l’armée. Elle se nomme Emilienne Moreau, elle a dix sept ans et demi ! Elle habite le bourg de Loos que l’armée anglaise délivra dans les heureux combats des dernières journées de septembre. Ce fut pendant ces combats et à l’heure de la victoire que cette jeune française fut héroïque et souleva l’admiration des highlanders du général sir Douglas Haig. Mais depuis le premier soir de l’occupation allemande, elle avait déjà donné la mesure de son énergie.

Pendant l’année où les Allemands occupèrent Loos, elle demeura dans la maison de son père, ancien porion retraité, avec sa mère et son frère âgé de dix ans. Elle réussit à imposer aux ennemis le respect de son foyer. Comme elle avait préparé son brevet pour être institutrice, elle accepta de garder les enfants du village.

L’année fut terrible. Monsieur Moreau mourut du chagrin d’avoir subi l’invasion. Sa fille apaisa son agonie, et, le bois manquant, elle trouva dans sa piété filiale le courage de  préparer elle-même, le cercueil.

Enfin, le jour de la délivrance [de Loos] fut proche. Montée au grenier de la maison, Melle Moreau assista à l’effroyable préparation de l’artillerie anglaise. Elle n’éprouvait aucune crainte ; elle ne voyait que la victoire. Et l’armée anglaise entra dans Loos…Alors la jeune fille sortit en hâte.

 » Des cadavres jonchaient les rues. Il y a du sang partout. Des blessés râlent à ses pieds. A leurs costumes pittoresques, elle reconnait ces highlanders fameux que les Allemands redoutaient tant. Un à un, elle les soulève. Elle n’est pas bien forte, mais sa volonté décuple ses muscles. Elle fait boire les uns, elle panse les autres. Elle les couche comme elle peut, aussi bien qu’elle peut, et les chirurgiens anglais la trouvent penchée sur ces braves dont presque tous lui doivent la vie.

A l’entrée du village, un chant monte, poussé par des milliers de poitrines. C’est le Good Save the King. Melle Moreau attend. L’hymne national fini,  elle s’élance au-devant des soldats, et, de tous ses poumons elle chante La Marseillaise !

Les soldats de la vieille Angleterre s’étonnent et puis ils s’enthousiasment. Ils entourent cette petite fille. Ils l’acclament, et, avec elle ils reprennent l’hymne glorieux de Rouget de Lisle.

Le texte de la citation à l’ordre de l’armée est ainsi conçu : « Mademoiselle Emilienne Moreau, âgée de dix sept ans et demi, demeurant à Loos (Nord.) Le 25septembre 1915, dès la prise par les troupes anglaises du village de Loos, s’est empressée d’organiser dans sa maison un poste de secours, s’employa pendant toute la journée et la nuit qui suivit à y transporter les blessés, à leur prodiguer ses soins et à mettre toutes ses ressources à leur disposition sans accepter la moindre rétribution.

N’hésita pas à sortir de chez elle armée d’un révolver et avec l’aide de quelques infirmiers anglais, à mettre hors d’état de nuire deux soldats Allemands  qui, embusqués dans une maison voisine, tiraient sur le poste. »

Le rédacteur du Petit Parisien nous a donné des détails sur le combat que livra Melle  Emilienne Moreau. Et, il nous assure qu’elle n’a pas tué moins de cinq soldats Allemands : trois avec des grenades, deux autres avec le révolver d’ordonnance d’un officier Anglais. «  Les trois, dit-il, s’étaient terrés dans une cave d’où ils tiraient sur le poste et refusaient d’en sortir. Les deux, baïonnette au canon, menaçaient sa poitrine. Sans trembler elle les a laissé s’approcher d’elle et les a abattus comme un vieux soldat.

Ainsi Jeanne Hachette avait contribué au salut de Beauvais. Le nom d’Emilienne Moreau restera attaché à la délivrance de Loos. Cette jeune fille aujourd’hui si modeste, presque timide, telle qu’on la voit sur cette photographie où sa grâce sérieuse nous émeut, a renouvelé une page de l’histoire de France »

Quelques précisions à propos de cet article et concernant l’héroïne.

Emilienne Moreau est née le 4 juin 1898 à Wingles (Pas de Calais) dans une famille ouvrière, son père étant mineur. Ce dernier mis en retraire, va prendre la gérance d’une épicerie-mercerie-bonneterie, située à Loos-en-Gobelle où toute la famille s’installe. En juin 1914, la ville est alors occupée par les Allemands, et la jeune Emilienne, elle a alors 16 ans, perd son père qui meurt en raison des privations imposées par l’occupant. Peu de temps après son frère ainé est tué au combat sur le front de l’est ! La jeune fille, qui avant la guerre avait projeté de devenir institutrice, est contrainte, en février 1915 par les autorités allemandes, à faire la classe pour les enfants de Loos dans une école improvisée, logée dans une cave.

Cette succession d’évènements va être déterminante et permet de comprendre la conduite héroïque qu’elle aura par la suite.

Le 25 septembre 1915, les troupes britanniques soit le régiment des Highlanders écossais du 9th (ninth) Black Watch se préparent à lancer une offensive pour reprendre la ville (Ce sera la bataille –de-Loos-en-Gobelle)            C’est alors que la jeune Emilienne va aller à leur rencontre pour leur donner de précieux enseignements : elle a repéré les casemates de l’armée allemande ; les prévient d’un piège tendu par l’ennemi et leur donne des informations précieuses sur les positions de ce dernier ce qui leur permettra de le prendre à revers.

L’offensive est lancée, et la maison Moreau est transformée en poste médical Pendant vingt-quatre heures Emilienne secondera le médecin écossais du régiment, en l’aidant à porter les blessés et en leur donnant les premiers soins    . C’est à ce moment là aussi, qu’elle participe aux combats et abattra quatre soldats Allemands       ( et non cinq comme il est mentionné dans l’article-ci-dessus- du journaliste correspondant du Petit Parisien) – Les Britanniques entreront victorieux dans la ville et Emilienne Moreau devient à 17 ans, « l’Héroïne de Loos » est citée à l’Ordre de l’armée parle général Foch !

Les Allemands sont furieux et d’autant plus qu’à l’époque la Convention de La Haye de 1907 interdisait aux civils de prendre les armes. La tête d’Emilienne est donc mise à prix, ce qui n’empêchera pas la jeune fille de recevoir la Croix de guerre (non pas pour avoir tué des ennemis, mais pour avoir protégé des soldats) sur la place d’Armes de Versailles, le 27 novembre 1915. Les Allemands avaient  alors menacé de fusiller tout civil pris les armes à la main si la cérémonie avait lieu aux Invalides !

Elle sera reçue à l’Elysée par Raymond Poincaré et à Londres par le roi Georges V. Elle sera décorée de la Military Medal, de la Royal Red Cross, ainsi que de l’Ordre de Saint John of Jérusalem, décoration attribuée à une femme très exceptionnellement.

Le journal, Le Petit parisien, lui demandera alors d’écrire son histoire. Les Mémoires d’Emilienne Moreau, l’héroïne de Loos paraitront dans le journal de décembre 1915 à janvier 1916. Quant à son image, elle sera largement exploitée en tant qu’exemple patriotique et même distribuée aux soldats sur le front. (On imagine pour leur remonter le moral !)

Et puis…Emilienne passe son brevet supérieur et devient institutrice, et ensuite enseignante dans une école parisienne jusqu’à la fin de la guerre.

Après l’armistice elle retourne dans le Pas-de- Calais où en tant que citoyenne elle s’engage comme militante au sein de la S.F.I.O . En 1932, elle épouse Juste Evrard, deux enfants naîtront de cette union. Jules Evrard est alors responsable fédéral quant à Emilienne elle deviendra, plus tard,  secrétaire de la commission féminine socialiste.

Quelques 22 ans plus tard en 1945

Le Pas- de -Calais est à nouveau envahi et occupé par les Allemands qui, se méfiant de la jeune femme, l’ont mise en résidence surveillée à Lillers chez sa mère. Qu’importe, celle-ci entre en résistance aux côtés de son mari et rejoint les réseaux Brutus et Libération Nord. Puis part dans la région lyonnaise où son mari, arrêté mais libéré en 1942, s’est réfugié. Elle entre en clandestinité ; utilise plusieurs pseudonymes Jeanne Poirier, Emilienne la Blonde ! Traquée par les Allemands, elle va échapper plusieurs fois à son arrestation et va pouvoir rejoindre Londres le 7 août 1944.

De retour en France, elle est une « des six femmes à être faite Compagnon de la Libération par le général de Gaulle ». Elle sera élevée à la dignité d’Officier de la Légion d’honneur, décorée de la Croix de guerre 1939-1945 et de La Croix du combattant volontaire de la Résistance.

La paix revenue, elle continuera à militer et sera membre du Comité directeur de la S F I O  de 1945 à 1963. Elle occupera également les fonctions de conseillère honoraire de l’Assemblée de l’Union  française de 1947 à 1968. Elle abandonnera alors ses activités publiques et publiera ses mémoires.

Elle meurt le 5 janvier 1971 à Lens, après une vie bien remplie !

Hommages.

  • Le 1er juillet 2013 sur la place de la République, à Paris, est inaugurée une terrasse qui porte le nom d’Emilienne Moreau-Evrard.
  • Le 26 septembre 2015, lors de la commémoration de la Bataille de Loos, une plaque commémorative est dévoilée à l’endroit où se trouvait sa maison à Loos-en-Gohelle, sur la place de la République.
  • En hommage au courage qu’elle a montré dès son plus jeune âge, plusieurs écoles portent son nom, dont l’école maternelle de Loos-en-Gohelle et celle d’Arneke.

Bibliographie :

 Sources : http://www.archivespasdecalais.fr/Activités-culturelles/Chroniques-de-la-Grande Guerre/la-bataille-de-Loos-en-Gobelle.     

https://fr.wikipedia.org/w/index.php ?little=Emilienne_Moreau_Evrard&oldid=141124748                               

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      

 

 

 


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *