C’était mieux avant…Vraiment?

Posté le 14/09/2018 dans Les Gens d’ici.

 

Quand Lysiane Rolland se souvient .

A boire et à manger… « Dans les années 50, exactement 1954, Monsieur Mendès France, alors président du Conseil, fit distribuer du lait dans les écoles ! »

Il nous était donc servi au moment du » quatre heures », comme nous disions alors, dans la salle de la cantine qui est toujours là, mais il faut l’imaginer meublée de grandes tables recouvertes d’un revêtement  «pigaillé » rouge et blanc et de bancs de bois. Lorsqu’on arrivait le matin, nous étions accueillis par l’immanquable odeur de la soupe aux choux que nous aurions à midi. Celle-ci mitonnée par Madame Desmoulins, qui officiait aux fourneaux, était suivie par une assiette de lentilles ornée d’une maigre tranche de pâté ou de pâtes parées d’une sardine à l’huile ! Hé oui, c’était ça, et ça nous allait somme toute !

 J’appréciais beaucoup cette soupe bien chaude. Figurez vous qu’alors je détestais et déteste toujours d’ailleurs ce bol de lait qui coupait l’après midi ! C’était une époque où il était très compliqué pour un enfant à dire ses goûts ; de ne pas consommer ce qui nous était donné. Les privations de la dernière guerre étaient encore dans les esprits ; les termes « allergies, intolérances alimentaires et autres régimes spéciaux » ne faisaient pas partie de notre vocabulaire ! Tout ça, n’étaient que caprice ou mauvaise habitude à ne pas laisser s’installer !

Comme toujours lorsque l’on ne peut être entendu, enfants comme adultes, une résistance s’installe, on trouve des solutions. Voici celle que nous avons mise en place avec mes amis de l’époque : à midi, j’avalais sans sourciller plusieurs assiettes de soupe qui pour certains représentait le pire à ingurgiter : brouet plus que soupe où surnageait la feuille de choux  poursuivie d’une maigre rondelle de carotte ou de poireau, et eux me renvoyait l’ascenseur à quatre heure où ils faisaient disparaître le contenu du bol par moi tant redouté !

C’était toujours avec étonnement que je découvrais leur visage réjoui et souriant lorsqu’ils reposaient le bol, visage fendu d’une moustache blanche jusqu’aux oreilles !

Le lait ! J’allais parfois avec Martine ou Marianne, toutes deux filles de métayers, assister à la vente du lait frais tiré ; ça j’aimais beaucoup, j’aimais le geste, le joli tableau du liquide versé dans les pots en métal, l’odeur de la ferme, la proximité des animaux. C’était Mauricette, le plus souvent, qui distribuait le liquide encore tiède couleur neige où frissonnait la crème non allégée !! J’ai la nostalgie de ce rendez-vous dans les ferme, à l’heure de la traite, c’était un rendez-vous avec le vivant alors que le jour s’en allait doucement ! L.R.

1944 – Sur les bords de Garonne à Saint Louis de Montferrand.

En 1944 un évènement eu lieu ici ! Oh, au regard des quatre années qui ont précédé, c’est un  évènement de peu d’importance mais si vous interrogez Internet alors vous verrez qu’il est inscrit dans la mémoire de ces années de guerre. En aout 1944, alors que le débarquement avait eu lieu en Normandie, l’armée allemande fit sauter beaucoup de navires, à peu près 200, afin de barrer l’accès du port.

Mon frère âgé de 4 ans  était là avec quelques autres garçonnets à regarder, pour eux c’était comme un feu d’artifice et ma mère inquiète de le savoir dehors est venue le chercher. A son arrivée, guidée par les cris de joie des enfants, elle a vu deux allemands qui les observaient, eux ne riaient pas, ils semblaient plutôt énervés par cette joie enfantine devant ce qui était pour eux la déconvenue de leur armée. L’un d’eux leva son fusil et visa le groupe d’enfants.

En cette seconde s’est jouée la vie de mon frère et de ses amis d’alors et de ma mère, car bien sûr elle se serait fait tuée avec eux,  nul doute ! Mais le second soldat  alors a posé sa main sur le canon du fusil  de son compagnon et l’a  abaissé vers le sol, sans un mot. Ils se sont regardés, ont tourné les talons et sont partis !

Donc ici bien avant ma naissance, mon avenir s’est inscrit sur cette berge qui nous accueille aujourd’hui, mon avenir et celui de toute ma famille.

J’ai souvent une pensée pour ce soldat resté humain dans la  tourmente de ces années noires.

Cela donne espoir pour les heures sombres que nous vivons de nouveau depuis quelques années. Il se trouve quand même des  gens ici dans un super marché là dans un autre pour faire baisser les armes, sauver des vies, parfois en donnant la sienne comme le gendarme de Trèbes, le seul dans cette tragédie de l’absurde dont la mort veuille dire quelque chose.  Des êtres qui choisissent la raison devant la barbarie.

Moi j’ai connu ces berges lorsque je venais jouer avec ma petite cousine qui vivait dans une maison du bourg avec ses parents mes grandes cousines et ma tante. Ici il y avait un bourrier, chacun apportait ses déchets le plus souvent avec une brouette, on ne disait pas encore déchetterie et le recyclage n’était pas encore là !

Nos trouvailles anodines parmi le rempail et nos immersions dans l’eau boueuse d’un fossé relié à la Garonne nous salissaient avec efficacité.

Mais juste avant les berges existait le lavoir ! Celui-ci avec son eau propre dont nous nous éclaboussions permettait que nous retrouvions une apparence acceptable avant de rentrer. C’était notre ami les jours de grande chaleur, il était une manne providentielle après nos ébats dans le fossé dont la glaise aspirait nos pieds nus. Le  fossé de prime abord ne dévoilait  que la flore qui le recouvrait d’une voute trompeuse, épaisse  charnue et odorante, parfum vivifiant entre tous où se mêlaient menthe sauvage et eau de  rivière.

Je possède également des photos plus anciennes où existait ici une plage de galets qui accueillait les familles les jours d’été, le lieu aujourd’hui est redevenu propre agréable, pour retrouver cette ambiance du début du XXème siècle, ne manque que la plage, cette  l’idée  pourrait séduire et revenir qui sait !!!   Lysiane Rolland

 

 


3 réponses sur “C’était mieux avant…Vraiment?”

  1. …. devant ma soupe de citrouille, devant mon bol de lait, seule…le lit seul m’offrait réconfort et chaleur, mais je savais que je retrouverai intact cette nourriture susceptible de faire grandir ….

  2. Les écrits de Lysiane me ramènent à ces mêmes moments de l’enfance :Tous les jours, au moment du « gouter » (on disait gouter !) on se mettait en file indienne à l’école et la soeur nous donnait à chacune un verre de lait.+ 2 tartines de pain et une barre de chocolat pour les 1/2 pensionnaires et les pensionnaires.
    …Je continue à dire « bourrier »!!!

    Lysiane a le don de raconter avec des mots « de chair ».

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