Le grand débat national!

Posté le 16/01/2019 dans Environnement.

Il y a eu d’abord la limitation de vitesse à 80 kms/h. sur les départementales. Une mesure de sécurité routière destinée à limiter le nombre de morts occasionnés par excès de vitesse. Soit ! Cette mesure qui semblait aller de soi, tout au moins, dans les hautes sphères du pouvoir c’est-à-dire à Paris, a déclenché une onde de choc dans les provinces, qui se sont mises à gronder sourdement. Comme il n’est de  pire sourd que celui qui ne veut rien entendre, ce grondement venu du plus profond des campagnes ne fut guère entendu en haut lieu.

Quelques temps après, le gouvernement annonçait de nouvelles taxes sur les carburants et plus particulièrement sur le diesel, la justifiant en prétendant qu’elle avait aussi pour objectif de participer à la préservation de l’environnement. Ce fut la taxe de trop, la goutte de fuel qui brutalement enflamma les campagnes et périphéries des villes et fit émerger, telle une génération spontanée, une nuée de « Gilets jaunes » qui immédiatement envahirent, s’installèrent durablement sur les ronds points les plus stratégiques de l’hexagone.[i] Et cela fait plus de deux mois que cela dure, avec chaque samedi des rassemblements à Paris mais aussi dans de nombreuses villes de régions. Rassemblements plus ou moins violents selon qu’ils sont infiltrés, ou pas, par les casseurs « ultras » des extrêmes : droite ou gauche.

Et bien évidemment à Bordeaux aussi, où, lors de ce neuvième rendez-vous, les Gilets jaunes étaient encore 6000 soit presqu’aussi nombreux que dans la capitale. Ce qui ne manqua pas d’ étonner les observateurs. Bordeaux, cette métropole qui a le vent en poupe, et où parait-il, une grande partie des Français souhaiteraient venir s’installer (ce qui est d’ailleurs le cas pour les quelques 25 à 30.000 nouveaux qui débarquent chaque année dans la métropole et alentours).

Bordeaux, la ville consensuelle ou droite et gauche réussissent toujours à temporiser leurs différents éventuels. Alors pourquoi Bordeaux ?

Il n’est peut être pas inutile de rappeler le contexte géographique. Bordeaux est la plus importante métropole de la Région  Nouvelle Aquitaine. Région la plus grande de France avec ses 12 départements  (dont la Gironde, plus grand département de France également)  et 84.061 kms2, soit 1/8ème de la surface de l’hexagone mais aussi une superficie plus importante que celle de l’Autriche !  

C’est aussi économiquement la 3ème région  la plus riche de France avec un Produit Intérieur Brut de 185,3 milliards d’euros. Elle est leader agricole  en France et en Europe, avec une diversité de productions de très haute qualité (vins, cognac, palmipèdes à foie gras-oies et canards- caprins, huitres, moules, fruits et légumes : fraises, melons, pruneaux, tomates, truffes  etc,…beaucoup étant labellisés : appellations  d’origines contrôlées, et autres – le bois ,avec la plus grande forêt de production d’Europe dans les Landes ; un massif forestier de feuillus important dans le Limousin…etc. Donc une économie largement agricole même si elle compte quelques fleurons industriels tels l’aéronautique et spatial militaire, des Start up situés essentiellement sur la métropole de Bordeaux,( la liste est loin d’être exhaustive)… à proximité du campus universitaire. Enfin avec ces 750 kms de littoral, l’importance de son environnement naturel, historique, patrimonial, c’est aussi une région qui a  une forte attractivité touristique nationale et internationale.

Tout  cela est bel et bien et fonctionne grâce avec et pour les 5.953.603 [ii] Aquitains-habitants que l’on pourrait croire heureux de vivre sur ce territoire qui semble béni des dieux ?

Il n’empêche !  Revenons à ces gilets jaunes venus, à Bordeaux, de plusieurs départements de cette Nouvelle Aquitaine. Pourquoi la contestation sociale, particulièrement virulente,  s’est-elle cristallisée sur la métropole régionale ? Simplement parce que Bordeaux est la capitale de leur territoire, et pour eux, plus proche que Paris ? Et encore, parce que la métropole cristallise aussi ce qu’ils dénoncent partout ailleurs : compte tenu des distances l’isolement de leurs lieux de vie par rapport aux centres de décision, aux services publics, aux services de santé  etc…et naturellement en corollaire leur pouvoir d’achat globalement plutôt faible que la moyenne , compte tenu du nombre important de personnes travaillant  dans les secteurs agricoles, de retraités avec de faibles revenus, et  un taux de pauvreté estimé de15% à17% dans ces zones rurales ou dans certains territoires périurbains.

Et là, plus particulièrement à Bordeaux et sa périphérie où le coût des logements a flambé ces dernières années alimentant une récrimination supplémentaire  contre le développement spectaculaire de la métropole depuis ces dernières décennies. Développement souhaité par le maire de Bordeaux  et président de la métropole, l’objectif à terme étant d’avoir 1 million d’habitants !  Métropole d’autant plus attractive qu’elle est maintenant à deux heures de Paris avec le T.G.V-  ce qui en fait quasiment une des « banlieues chic» de la Capitale, car ne nous y trompons pas, l’essentiel de la clientèle du TGV est constituée par la classe supérieure et aisée de Français : celle qui est mobile aussi bien pour travailler que pour les loisirs, celle, aussi,  qui maitrise parfaitement l’informatique, celle qui a déjà un pied dans le « nouveau monde » etc, etc …en fait l’élite pour les Gilets jaunes !…car dans le même temps les néo-aquitains doivent se contenter de TER qui circulent sur des voies ferrées d’un autre âge , les Girondins péri-urbains demeurant à 20, 30 kms voire plus, ne peuvent prendre que leur voiture et emprunter la rocade  pour se rendre sur leurs lieux de travail, ceux-là  mettent également, souvent, deux heures fois par jour,pour faire ce trajet domicile-boulot.-domicile.

Tout ceci et tout le reste, dont l’on ne saurait débattre ici, explique pourquoi un 80km/h et une taxe de trop ont réussi à catalyser des frustrations accumulées depuis des décennies.

Aujourd’hui, le peuple: » les Gilets Jaunes », mais aussi tous les autres, c’est à dire les silencieux, ceux qui se taisent mais n’en pensent pas moins, ceux qui pensent qu’il vaut mieux dialoguer, discuter et précisément débattre….Ce peuple de France, au complet, est invité à participer pendant deux mois à ce Grand débat national. Peut-être, enfin,  une occasion de retrouver le goût du « Vivre ensemble ». Colette Lièvre.

[i] Ils ont de quoi faire et le choix, les ronds –points,  sont encore, une exception culturelle  puisque la France est championne du monde en nombre, elle en possède plus que tous les autres pays réunis !

[ii] Dernières statistiques de  l’INSEE.

 


Une pensée sur “Le grand débat national!”

  1. Chère Colette,
    comme souvent tu as bien résumé le sujet. Je ne suis pas certain que le grand débat apporte des solutions si ce n’est conforter les pro et les anti. Les décisions se prendront quand même en haut lieu et elles iront dans le sens des profiteurs, de la finance et du grand capital et donc dans le mauvais sens. Tant que les pouvoirs ne prendront pas en compte le fait que la Terre est un espace fini et que gaspiller ses ressources c’est mettre en péril la vie, toute la vie sur Terre, nous serons condamnés au mieux à l’espoir, au pire… Agissons avec et pour mais avec bienveillance !!! A! Didier

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